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Découvertes - Cousine indienne à Belle-Ile
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De notre envoyée spéciale.


MADAME Legac, Maryvonne de son petit nom, aurait du sang indien dans les veines. Un métissage lointain qu’elle dévoile en chuchotant, de peur de faire sourire les deux chiens de faïence, assis sur la cheminée de son salon Empire. L’incongruité de sa révélation l’indiffère : la petite mercière du Palais croit dur comme fer en son ascendance indienne et ses yeux gris, bridés à la mode bretonne, brillent d’une grande fierté.

L’affaire remonte au XVIIIe siècle. L’un de ces ancêtres acadiens aurait fauté avec une Peau-Rouge de la tribu Micmac. « Rien n’est écrit, bien sûr, glisse rapidement la Belliloise dans le fil de son récit, mais une fille naquit de cette union. o­n l’appela Aidmée la Sauvagesse. »

A regarder Maryvonne tricoter ses rideaux de dentelle dans sa petite mercerie coquette du Palais, le gros bourg de Belle-Ile, o­n a peine à déceler son origine indienne. « Pensez donc, justifie-t-elle, les rapatriés d’Acadie se sont mariés aux Bellilois à peine deux ans après leur arrivée, à l’automne 1765. o­n est très métissés ici. Yves Brien, par exemple, celui qui fait les légumes à Port Guen, il est de mère réfugiée espagnole et de père d’origine acadienne. »

Et oui, Belle-Ile l’insulaire, la fortifiée, dont les hautes murailles Vauban côté continent et les falaises à pic du versant atlantique se dressent comme des boucliers de pierre, a de tout temps accueilli l’étranger. En 1765, elle cède 780 arpents de terre à 78 familles rapatriées d’Acadie. Deux siècles plus tard, elle ouvre ses portes aux réfugiés du franquisme. Aujourd’hui, elle recueille les Franciliens en mal de nature. La survie des îliens dépend de cette assimilation rapide du nouvel arrivant. La plupart d’entre eux en sont convaincus. Belle-Ile s’alimente ainsi de sang neuf, d’idées neuves aussi, pour relancer sans cesse la roue de sa fortune.

« Ma mère ne m’a jamais parlé espagnol », raconte Yves Brien. Mal rasé, les doigts pleins de terre, il consent à se poser trente secondes, entre la récolte du melon et l’entretien de ses serres. Il niche avec sa femme et ses deux filles dans une ancienne usine de sardines. Un beau paquet de petits bâtiments aux murs vieux rose, ravalés par ses soins dans les années soixante-dix et reconvertis en corps de ferme, logis spacieux et salle de vente pour sa production maraîchère. « J’ai enseigné quelques années à la faculté de Brest, après avoir fait mes études de biologie sur le continent. Il y avait cette usine achetée par mon père, lourde à entretenir, qui me ramenait tout le temps à Belle-Ile. Alors, plutôt que de naviguer sans cesse, j’ai préféré revenir m’installer ici. »

Une condition, pourtant, sine qua non à son retour, « trouver quelque chose à faire ». Yves plante bien à fond sur son nez ses lunettes cerclées de fer, vestige de son passé enseignant, et se met à cultiver ses trois hectares de terre. Il introduit le melon à Belle-Ile en 1980, replante le pâtisson et toutes sortes de courges oubliées des cultivateurs. Son chiffre d’affaires grimpe l’été, bien sûr, avec l’arrivée des touristes, mais les 4.700 habitants restant sur l’île en basse saison s’alimentent également chez lui.

Article paru dans l'édition du 20 août 1993. Le Web de l'Humanité


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