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Jacques - Mélusine : la chasse
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Ce matin-là, à travers la petite vallée de Coulombiers l’écho transmettait de proche en proche les sonneries de cor, les hennissements des chevaux et les jappements impatients des chiens. Tout l’équipage du duc d’Aquitaine était sur pied et déjà les veneurs, sur deux files, s’enfonçaient dans la forêt, vêtus de livrées sobres renforcées de cuir aux genoux et aux coudes, une petite dague au côté, une corne d’ivoire en bandoulière ; ils arrêtaient de temps en temps leurs montures pour faire retentir un appel.
Puis venaient les valets à pied, bêtes superbes et bien nourries, de haute taille, aux oreilles pendantes, tachées de grandes plaques noires et jaunes.
Derrière la meute s’avançait la troupe joyeuse et élégante des chasseurs suivant le vieux comte qui maintenait avec vigueur la bride d’un grand cheval gris-pommelé. Au milieu des vassaux, outre le fils du comte caracolant fièrement sur un magnifique destrier noir, on remarquait un jeune homme aux habits plus modestes. C’était Raymondin, chevalier sans fortune, qui était venu à la Cour d’Aquitaine servir son oncle par l’épée.

A un carrefour, le maître-veneur mit pied à terre et, tenant un chien en laisse, disparut dans un taillis. Au bout d’un quart d’heure environ, un aboiement suivi d’un appel de cor se fit entendre. Les chiens, aussitôt, furent découplés et les cavaliers se précipitèrent dans cette direction . Ils trouvèrent alors le maître-veneur qui gesticulait et montrait à tous la place où le sanglier avait été levé . Puis, ayant donné des ordres à ses hommes, ceux-ci se dispersèrent à travers la forêt .
Mais déjà les chiens étaient loin ; ils avaient filé au milieu des fougères donnant tous de la voix, suivant directement le pied et le tapotement démultiplié de leurs pattes ne se faisait plus entendre sur les feuilles mortes .
Le fils du comte et les seigneurs se lancèrent au grand galop ans la poursuite .

Raymondin, lui aussi, allait éperonner son cheval quand son oncle le retint .
- Beau neveu ! Laissons courir ces fous…
L’animal est vieux et rusé ; il les sèmera en route…
Moi aussi, je suis vieux ; et je connais ces bois presque aussi bien que lui .
Ne nous pressons pas . Laissons-le filer et nous pourrons ensuite nous porter à sa rencontre .
Ils partirent donc au pas .
La voix des chiens s’éloignait de plus en plus . Parfois ils semblaient en défaut et le silence régnait pendant quelques minutes ; puis, à la suite de quelques aboiements isolés, la meute reprenait en chœur .
A quatre ou cinq reprises le cor se fit entendre . Chaque fois le comte de Poitiers faisait halte, écoutait avec une grande attention puis réfléchissait un instant . A la fin il sourit, changea de direction et, par quelques coups d’éperons, mit son cheval au galop.
Ils arrivèrent enfin au creux d’un petit vallon . Les arbres y délimitaient, autour d’une mare, un espace libre assez grand couvert de mousses et d’herbes dures . Arrêtant alors leurs chevaux, ils restèrent immobiles dans l’attente .
Petit à petit le silence se rétablit dans la forêt ; un silence pesant, presque inquiétant ; c’est à peine si on entendait, très loin, très loin, le bruit de la meute . Un vent léger agitait les feuilles des chênes et les mésanges, un instant interrompues, surmontèrent leur timidité et recommencèrent à décortiquer les bourgeons à la recherche d’insectes, indifférentes aux chasseurs .
Mais les aboiements devinrent de plus en plus distincts et les sonneries de cor se rapprochèrent .
Le comte de Poitiers se retourna vers son neveu avec un petit geste de satisfaction .
Tous deux imaginaient les chiens, haletants, la langue pendante, acharnés sur les traces de la bête et, bien loin derrière eux, les cavaliers fatigués par une longue course .

Enfin les chevaux relevèrent la tête, vaguement inquiets .
On vit alors les fougères s’agiter de façon anormale et, brusquement, un énorme sanglier apparut dans la clairière . Il fit un pas, redressa sa hure et promena ses petits yeux vifs sur les alentours .
Les deux chasseurs, servis par le vent, étaient cachés à l’abri d’un buisson de bourdaine . Rassuré par cette inspection, le sanglier s’avança donc vers la mare .

Mais déjà le comte arrivait au galop, l’épieu en avant .
Le solitaire l’aperçut et se retourna pour fuir . C’était trop tard car la pointe l’atteignit à l’épaule . Rendu furieux, il fit un bond de &côté pour échapper et chargea dans les jambes du cheval.
Celui-ci se cabra puis s’affaissa sous le choc brutal d’un coup de défenses . Le sanglier aussitôt se jeta sur le cavalier .
Cependant Raymondin, se précipitant au secours, transperça la bête de son épieu avec une telle vigueur que la hampe en vibrait encore le temps d’arrêter son cheval et de le faire tourner.
Mais, revenant sur ses pas, son sourire de satisfaction fit place à une expression de sollicitude anxieuse à la vue de son oncle, pâle et inerte, gisant à demi-écrasé sous le poids énorme du sanglier . Aussi, mettant pied à terre, se pencha-t-il pour le libérer et lui offrir ses soins .
Et, brusquement, il bondit en arrière, les yeux dilatés par l’effroi…
Son épieu avait traversé de part en part le corps du sanglier et la pointe était venue se planter dans la poitrine du comte…


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