Non loin des artifices de la côte varoise,
Notre–Dame de Pépiole s’offre à nous,
chaleureuse et discrète,
cachée dans son écrin de verdure provençale.
Pépiole se mérite et l’aventureux est récompensé. A Six-Fours, il faut déjà s’éloigner des beaux quartiers du bord de mer. Au delà de la zone industrielle, après les nomades et les carcasses de voitures, un étroit chemin ombragé s’enfonce vers la forêt. Et là, soudain, la chapelle de Pépiole surgit dans son écrin de campagne provençale. Le mistral fait chanter la sombre verdure des pins, frémir l’argent des oliviers, courber le bleu des cyprès. Pépiole nous attend tout au bout du sentier, toute en rondeurs et en rousseurs : rondes les trois absides, rondes les pierres douces des murs, ronde la marche devant la porte au Sud, chauffée par le soleil.
Notre-Dame de Pépiole n’était plus ouverte au culte depuis la Révolution quand en 1956 un bénédictin la découvre, abandonnée, banale construction couverte de ciment gris.
Dom Charlier donnera vingt années de sa vie pour que la chapelle retrouve son l’éclat d’autrefois : il va gommer les crépis rajoutés de plâtre et de ciment, retrouver les ouvertures murées, reposer les autels de pierre, remonter les restanques, replanter les oliviers.

Les vitraux de Dom Charlier
Les vitraux constituent la touche la plus personnelle dont il ait laissé la marque. Le promeneur explore les abords avant de pénétrer dans la chapelle. Il découvre, ô stupeur ! que des meurtrières menacent l’intrus de leurs tessons de bouteilles. Interloqué, il s’approche, vérifie, examine : non, c’est authentique : ce bijou d’architecture religieuse préromane est hérissé de débris de verre.
Il quitte alors le soleil éclatant du parvis et s’enfonce sous le porche dans la pénombre de la chapelle. Et là, miracle ! Les tessons agressifs se sont transformés en vitraux lumineux. Les orange, les jaunes, les verts et les bleus s’ordonnent en tableaux, dont la symbolique biblique nécessite parfois les éclaircissements du Père Hubert, gardien du culte : le Christ en gloire, le buisson ardent, l’échelle de Jacob… Il va conter aussi la vieille histoire de Pépiole.
On la dit plus ancienne chapelle chrétienne d’Europe, mais ceux qui l’ont élevée, aux temps carolingiens, avaient choisi le site d’un haut lieu du paganisme. Et l’accueil du porche laisse naître un malaise vague, quand les yeux avertis y repèrent, étonnés, entre les dalles, la pierre sacrificielle des temps immémoriaux.
En 1956, les chercheurs ont étudié cette roche haute de quatre mètres, dont seule la face supérieure affleure aujourd’hui à l’entrée de la chapelle. Des coupelles creusées paraissent sur le haut de la pierre. Le liquide qu’on y verse ressurgit, dit-on, plus bas sur la face verticale exposée vers le Sud.
L’édifice recèle d’autres mystères et son architecture a intrigué plus d’un. La plus probable des hypothèses, bien que non vérifiée, fait état d’une inspiration orientale.
Une architecture orientale
Les travaux archéologiques de 1956 ont révélé que les nefs latérales n’avaient sans doute pas leur abside lors de la construction primitive au Vème siècle. La nef centrale aurait été parée de deux pièces rectangulaires, à droite le secretarium ou sacristie, à gauche le martyrium, sur le modèle des toutes premières églises syriennes et chypriotes.
Dans un martyrium s’exposent les reliques des martyrs. Les édifices religieux paléochrétiens étaient tous fondés en souvenir de martyrs. Aucun martyr n’est associé à Pépiole, mais sa construction semble dater des débuts du culte de la Vierge.
Cassien et Pépiole
Dès l’origine, Notre-Dame de Pépiole dépend de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille. L’abbaye a été fondée vers 416 par Saint Jean Cassien. Or, Cassien a beaucoup voyagé en Orient : Bethléem, Constantinople, Alexandrie. De ses séjours dans les monastères égyptiens du désert, il a rapporté les principes des institutions monacales. C’est lui l’inspirateur de la liturgie gallicane, d’origine orientale qui s’opposait à la romaine. Si l’on y ajoute que le concile d’Ephèse en 430 se détermine sur la nature de la Vierge et initie le culte de Marie, on rejoint l’affirmation de grands voyageurs : Notre-Dame de Pépiole est la réplique de la chapelle de la Vierge d’Ephèse, ville où Marie est née et aurait fini ses jours.
Le Père Charlier essayait d’en déduire que Cassien avait aussi rapporté d’Orient un modèle architectural et l’invention du culte marial en Occident : Pépiole y serait la première église dédiée à la Vierge. Rien ne le prouve, mais les indices concordent. Et d’autres l’ont pensé, tel cet artiste contemporain quand il offre à la chapelle trois icônes, qu’il a peintes sur bois sur le mode oriental, dorées et rutilantes. Et l’histoire est si belle que le mistral a soufflé toute prudence scientifique : nous voulons tant y croire à notre Pépiole, notre orientale de Provence.
Le retour de la statue
Le Père Charlier rénovait Pépiole depuis deux ans, quand se présente à lui une famille vivant au pied de la colline. Ils portent une statue de la Vierge Marie, une statue en bois de sorbier où l’on devine des traces de brûlure et de peinture ancienne. Ils se disent les gardiens de la statue de Notre-Dame de Pépiole. Leur ancêtre l’a sauvée des flammes de la Révolution. La mission s’est transmise de génération en génération : quand Pépiole revivra et que Dieu de nouveau y demeurera, Notre-Dame retrouvera sa place dans la chapelle.